Dans deux ans, Marseille sera capitale européenne de la culture. 2013 sera donc une année exceptionnelle pour cette ville, née de l’union d’une princesse autochtone et d’un marin étranger, tout comme elle le sera pour nos communes de Basse-Provence.
« Nous serons tous d’ici » est un projet itinérant qui concernera les douze communes de la communauté d’agglomération autour du thème « Migrations et mémoires ».
Socialement et culturellement, notre territoire s’est construit au fil des siècles autour de composantes cosmopolites. Celtes, Grecs, Romains, Sarrasins, Catalans… tous auront forgé l’identité occitane et provençale. Impossible de nier que la richesse de notre patrimoine est le fruit de ce brassage humain (dont les premières manifestations remontent au moins au Néolithique…). Tout aussi indéniable, l’arrivée de la main d’œuvre espagnole et italienne qui, à partir du 19ème siècle, et surtout au cours des premières décennies du 20ème siècle, a assuré la rentabilité et la pérennité des activités économiques locales.
C’est notamment le cas au sein du pays d’Aubagne et de l’Etoile, où des étrangers sont arrivés un jour, riches de leur seul métier et de leurs mains, avec pour tout bagage un petit baluchon : à Aubagne ou à Saint-Zacharie, ils ont travaillé dans les tuileries ou dans les briqueteries. Dans le bassin houiller de Gardanne, ils sont descendus dans la mine. A Cuges, ils ont travaillé dans les forêts comme charbonniers ou comme bûcherons. Mais c’est aussi dans nos communes qu’ils ont fondé famille, et leurs descendants sont maintenant « gens d’ici »…
Parmi les trois axes majeurs que sont l’argile, la mine et la forêt, c’est bien entendu celui de la forêt qui sera développé à Cuges, seule commune du territoire intercommunal où l’exploitation forestière a été économiquement significative.
Ainsi, le projet « Nous serons tous d’ici » s’intéresse au vécu de ces hommes qui ont décidé un jour de tout quitter pour aller travailler ailleurs. Il cherche aussi à comprendre : comment se construisent les territoires et le sentiment d’y appartenir ? Comment s’opère la fusion des cultures pour créer ce qui devient à un moment donné patrimoine partagé ? Quels sont les rouages qui conduisent à l’acceptation des uns et des autres ? « Nous serons tous d’ici » invite donc à la réflexion…
Voilà qui ne pouvait qu’intéresser les Cugistoriens qui ont décidé de s’associer à ce projet, ancré dans l’Histoire de notre région, mais aussi dans les histoires de nos vies.
Depuis 1998, date de sa naissance, l’association Cugistoria rassemble et sauvegarde documents et mémoires. Elle tente de transmettre ce que fut la réalité sociale, économique et humaine d’une communauté longtemps villageoise. Un travail de longue haleine, aujourd’hui reconnu et respecté. C’est cette même éthique qui rassemblera les Cugistoriens dans leur participation au projet « Nous serons tous d’ici ».
Dans les semaines qui viennent, les « gens d’ici dont les parents venaient d’ailleurs » seront invités à raconter le vécu de leurs anciens. Les Cugistoriens rassembleront aussi photos et tous documents susceptibles de témoigner d’une expérience humaine souvent difficile, parfois douloureuse. Les « gens d’ici dont les parents étaient d’ici » seront aussi entendus : comment parlait-on de ces étrangers ? Comment se comportait-on avec eux ? Comment étaient considérés leurs enfants à l’école ?...
Les souvenirs des uns, les anecdotes des autres, donneront matière et richesse à « Carnets de migrations », un spectacle présenté par la compagnie Karnavires d’ici fin 2011.
Cette mémoire orale servira également de base aux scénettes qui jalonneront le parcours de balades théâtrale». Elle contribuera également à illustrer le travail d’un écrivain à résidence, à qui il a été demandé d’écrire un livre sur les mouvements migratoires de notre région. Ces différents travaux trouveront leur aboutissement entre 2011 et 2013, avec en 2013, « année commune », une exposition dont le contenu sera fonction des documents collectés. La programmation de ces différentes manifestations sera bien entendu communiquée par les organisateurs.
Le projet « Nous serons tous d’ici » vit donc ses premières heures. Il sera peut-être amené à évoluer au fur et à mesure de son développement. Toujours est-il que ce n’est qu’avec la participation des populations locales qu’il pourra, grâce aux différents témoignages, prendre sa véritable dimension.
« Nous serons tous d’ici » initie également une nouvelle démarche culturelle, certes intercommunale, mais où chaque commune pourra et devra apporter son vécu spécifique et sa propre identité.